Suicide: Antoine, 34 ans, créateur d'entreprise 2011, liquidation en 2012

Publié le par aidentreprise

11/10/2012

Hier soir , durant une conversation téléphonique, j'ai pris connaissce de l'histoire d'un jeune créateur d'entreprise. On l'appellera Antoine.

Antoine a 34 ans. Intelligent, cultivé, drôle.......Il s'émeut pour l'histoire de la femme ayant subi une garde à vue abusive qu'il découvre dans un de mes articles et décide de m'envoyer un message.

Il demande gentiment comment il peut m'aider dans mon mouvement des Ex-trepreneurs.

Je lui raconte mon indignation devant nos pairs ( qui eux n'ont pas (encore) subi d'échec) qui nient le drame de ces entrepreneurs qui se heurtent à la faillite et que j'aurai aimé que d'autres nous raconte leur expérience de redressement et de liquidations.

Il y a un blanc et il me dit précipitamment:

- Moi aussi j'ai tenté de me suicider.

Je reste pantois, complètement pris au dépourvu et je cherche mes mots.

Et pourtant je le sais déjà. Ceux qui se suicident, ceux qui tentent le suicide, ne sont jamais ceux que l'on imagine.

Alors il me raconte son histoire.

"J'ai  tenté de me suicider récemment. C'est mon  ex-compagne ( et oui! dans le malheur, la séparation est quasi obligatoire) qui m'a trouvé ce soir là. Nous vivions encore sous le même toit par nécessité, mais elle devait rentrer très tard et j'avais "calculé mon coup" pour que les trois plaquettes de cachets aient fait leur effet avant qu'elle ne rentre.

A l'hopital, une psy m'a demandé si je regrettais mon geste et je lui ai répondu: - - oui, je regrette de m'être râté.

Cela m'a valu trois jours d'internement obligatoire dans le service psychiatrique entre bipolaires, maniaco-depressifs , etc...... avec des euuuuuuuuuuhhhhhhhh et des langues pendantes. Un vrai cliché.

J'avais honte de demander de l'aide, mais quand mes amis ont appris que j'étais dans un hôpital psychiatrique, j'ai tout déballé....Tous sont tombés de haut et personne n'a rien compris, n'a rien venu venir....

Aujourd'hui je suis dans un appartement prêté par une amie et je vis avec le RSA soit 213 euros/mois.

Demain je vais déposer la demande de liquidation car je n'ai pas le choix.

J'avais crée ma société de formation conseil. J'ai salarié une première personne. Mais ma première année a été plus difficile que prévue et j'ai du prendre la décision de la licencier ( c'est d'ailleurs elle qui me l'avait suggéré).

Pour une série de raisons, je me suis retrouvé aux Prud'hommes et ma situation a empiré rapidement.

Ma boite travaillant  sur appels d'offres publiques, j'étais sur le point de signer un marché sur 3 ans, mais avec cette histoire je ne remplissais plus les conditions et mon dossier a été rejeté.

C'est la goutte qui a fait déborder le vase et c'est là que j'ai décidé de mettre fin à mes jours.

Je ne supportais pas l'idée de cet échec et de m'être fait avoir bêtement par une personne en qui j'avais confiance;  je savais qu'avec une liquidation sur le dos, j'avais peu de chances de rebondir malgré mon enthousiasme et beaucoup de projets.

Je suis divorcé et j'ai deux enfants. Quand je les vois, je leur offre à manger ce qu'ils désirent, mais parfois, avec 200 euros, c'est moi qui suit contraint de ne pas manger.

 

Commenter cet article